Friday, 12 June 2026

De retour… après une longue pause.

Embourbée dans mes idées de grandeur et de profitabilité, et puis de nouveau célibataire, je me suis perdue dans le travail pendant la pandémie et j'ai réalisé que j'avais "pus de fun pantoute".

Être seule sur une ferme avec des enfants à charge suppose l'intendance d'une maison, l'entretien des champs, le soin aux animaux, la tonte du gazon et toute l'administration et la comptabilité qui va avec l'agriculture. J'avais appliqué pour du quota acéricole en pensant que je pourrais en faire un revenu, mais j'ai déchanté en voyant les prix tripler pour les matériaux et les équipements et en constatant l'ampleur des travaux d'aménagement, en plus de réaliser que je serais seule pour tout faire. J'ai pensé m'occuper de la portion forêt et envoyer mon eau bouillir ailleurs, mais c'est très compliqué. Mission impossible.

Ça fait longtemps que je me dis que c'est ridicule d'habiter sur une ferme et d'être si souvent rendue à l'épicierie! En plus de tout le suremballage que ça produit, c'est complètement ironique! J'ai donc pris la décision d'arrêter de courrir après la rentabilité et de viser une certaine autonomie alimentaire. Je ferai comme beaucoup  d'autres agriculteurs: j'irai travailler à l'extérieur. Si j'ai pu apprendre à conduire un tracteur, faire de la mécanique, prendre des décisions agronomiques, agneler une brebis, importer de la machinerie des Pays-Bas, je puis aussi bien apprendre à débiter une carcasse de chevreau, faire ma bière, mon yoghourt, mon fromage et construire un caveau à légumes!

C'est là où j'en suis. Homesteading, comme on dit en anglais.

Tout le savoir-faire alimentaire (et textile) s'est perdu. Il n'en tient qu'à moi de me le réapproprier et d'en faire profiter d'autres qui voudraient apprendre. Échanger avec des gens sur la même voie pour retrouver les manières de faire qui se sont perdues en quelques générations. Mes grands-parents, je pense à ceux paternels, trouveraient peut-être très moderne d'aller à l'épicerie aujourd'hui et de ne pas avoir à tout fabriquer. Vivre dans des maisons où on n'a qu'à ajuster le thermostat selon notre confort plutôt que de fendre, corder, rentrer du bois et nettoyer toutes les écorces en surveillant de près les bestioles qu'on aurait pus rentrer en même temps. Mais ils trouveraient aussi probablement que les carottes goûtent moins bon, que tout coûte cher et que plus personne ne se donne la peine de se pencher pour récolter gratuitement les fraises des champs. Ils trouveraient que la forêt est laissée à elle-même plutôt  qu'entretenue par des coupes sélectives qui fournissent le bois pour le feu. J'ai honte d'aller à l'épicerie plusieurs fois par semaine alors que j'habite sur une ferme.

C'est en lisant Vivace, cahier d'autonomie élémentaire, de l'ami Dominic Lamontagne que j'ai lu en mots ce que je ressentais depuis longtremps: ses quelques rangs de patates, il n'en aurait eu que quelques sous la livre en valeur monétaire, mais la satisfaction de récolter et de ranger au caveau assez de patates pour toute sa famille (malgré la guerre aux satanés doryphores) pour toute l'année est immense. La valeur n'est pas du tout la même!

Les gens ont peur aujourd'hui. Peur de s'empoisonner en fabriquant leur fromage, leur saucisson sec ou leur alcool de fruits! Mais comment penses-t-on que l'humanité est arrivée en 2024? Les humains ont alterné les périodes de faste et les périodes de jeûne depuis que le monde est monde. Sur des millénaires et des siècles, les humains ont appris à fermenter leurs aliments, à les protéger de la vermine, à les stocker pour l'hiver, à fabriquer d'énormes meules de gruyère en plein montagne, avec l'eau du ruisseau pour rincer la grosse cuve de cuivre qu'on porte sur un feu de bois. Aujourd'hui on se fait rentrer dans le crâne que tout ça est dangereux. Je veux dédier le reste de ma vie à apprendre tout ce qu'on a perdu, perdu de si précieux.

Premier cours que j'entrevois, puisque je veux limiter l'utilisation de mon tracteur: Introduction à la traction animale. J'ai constaté les dommages que j'ai fait à mes champs avec mon tracteur, pourtant un modeste 6400 de John Deere (un 1997 et près de 13,000 heures au compteur) en passant très souvent avec le sarcleur pour garder mes cultures "propres". Le résultat est un champ compacté où le chardon prolifère comme un tapis! Un beau dégât. Maintenant je dois trouver à sous-soler et décompacter mes champs endommagés et éradiquer cette satanée plante pleine d'aiguilles. Le bio n'est pas une panacée. C'est même un boîte assez restrictive. Dans un autre de mes champs où la terre est rouge, meuble, et parfaite pour les légumes, le chiendent s'est installé et ruine mes chances de garder ce champ "propre".

 

SUR MA LISTE DES DEUX PROCHAINES ANNÉES:

Apprendre à utiliser la traction animale.

Construire un caveau à légumes pour conserver les pommes de terre et autre légumes-racine tout l'hiver.

Récupérer mon champ de légumes et y réserver une petite surface pour les céréales, pour l'alimentation de la basse-cour et la fabrication du malt et réserver une petite surface aux légumineuses.

Planter quelques rhizomes de houblon.

Récolter l'eau d'érable et l'eau de bouleau.

Apprendre à fabriquer ma bière.

Apprendre à débiter une carcasse entière d'agneau ou de chevreau.

Apprendre à abattre la volaille.

Apprendre à fabriquer du fromage et du yoghourt.

Me promener plus souvent dans ma forêt pour y récolter des plantes médicinales et des champignons (j'ai trouvé quatre morilles cette année et j'étais tout excitée!).

ET CE N'EST QU'UN DÉBUT!



Monday, 30 December 2019

2019

Inspirée par mon amie Monique Lo, que je ne fréquente pas assez, voici, en vrac, un aperçu de ce que j'ai vécu en deux mille dix neuf. J'ai/je:

Testé un engrais vert de mélange à oiseaux
Mis fin à une relation toxique
Covoituré
Rêvé d'entreprise
Accordé ma confiance à quelqu'un qui ne la méritait pas
Initié des projets de long terme
Fait inventorier ma forêt
Voté
Parlé aux arbres
Inscrit ma cadette au cirque
Secouru un cheval
Célébré les douze ans de mon ainée
Me suis impliqué sur un comité
Pris l'habitude de traîner mon kit à pique nique en réunions
Encouragé mon ainée au soccer
Sifflé pour mes deux filles au cross-country
Contracté une pneumonie
Organisé des Portes Ouvertes
Admiré la campagne anglaise depuis l'Île d'Avalon, que j'ai gravis pieds-nus
Chanté dans le Tor au sommet
Me suis lavé les pieds dans la source de Marie-Madeleine
Aperçu les falaises de craie de l'Île de Wight de loin et me suis promis d'y aller
Traversé des peurs
Affronté des démons
Accueilli des abeilles
Tenu les minutes d'une assemblée générale spéciale
Laissé gagner les mauvaises herbes
Parlé devant public
Aiguisé mon entrepreneurship
Éconduit un prétendant
Entrepris un certificat aux HEC
Cuit des pizzas au four à bois
Expulsé une locataire cauchemardesque
Nourri des chats sauvages
Trouvé des colocs formidables
Siégé au congrès de l'UPA
Consolidé des amitiés
Cousu mes vêtements
Donné à des organismes caritatifs
Entré dans un mouvement coopératif
Pris des risques
Visité des érablières
Mangé des hotdogs dans une école primaire
Montré ma maison d'adolescence à mes filles
Découvert une levure sauvage
Obtenu des notes au dessus de la médiane et au dessus de la moyenne à l'Université
Nagé
Payé les dettes de quelqu'un d'autre
Enlevé des aiguilles d'un porc-épic du nez d'un cheval
Planté soixante-dix mille caïeux d'ail
Rompu
Installé le système de pompage de l'eau du lac au chalet
Exécuté des dernières volontés
Pagayé
Allumé des lampions
Chanté pour des abeilles
Fait des listes
Pleuré
Écouté les oiseaux
Espéré
Joué du steel drum
Renoué avec de vieux amis
Pris le métro
Marché dans le bois
Embrassé le nez d'un cheval
Pris un grand respire pour 2020

Thursday, 13 December 2018

Remplir les mots


Je suis comme beaucoup d'autres agriculteurs: le langage et le jargon utilisés par les intervenants, les banquiers et autres professionnels qui gravitent autour de l'agriculture sonnent creux, vides de sens, redondants et cléricaux. Avec tout le cheminement que j'ai fait depuis 14 ans, j'aimerais faire un genre de lexique ou traduction de ces termes rebutants.
Les intervenants parlent un langage différent des agriculteurs, mais ils ne sont pas déshumanisés ni confrontants dans leur nature. Ce sont des gens qui prennent les mesures différemment de nous. 

Mission-Vision-Valeurs sont le point de départ de toute entreprise. Au sortir de la cohorte 3 de la Plateforme en Entrepreneuriat Agricole de l'Université Laval, tout mon groupe était d'accord à propos de cette base incontournable. On entend souvent ce trio et ça ne nous évoque rien. Pourtant, on les vit au quotidien, souvent en prononçant des phrases comme "Moi je ferais jamais ça" ou "C'est contre mes principes" ou "Moi tout ce que je veux c'est…" C'est tout simplement ça les valeurs. Pendant la formation, on n'y est revenu souvent; des entrepreneurs très inspirants (parce qu'ils avaient leurs valeurs à la boutonnière!) sont venus nous parler de leur parcours. Les décisions parfois difficiles qu'ils ont eu à prendre ont confronté leurs principes. Les meilleures décisions qu'ils ont prises étaient en accord avec, c'est aussi simple que ça. Il est donc primordial de s'interroger sur ce qui nous a guidés par le passé dans nos décisions pour y trouver quelque chose en commun. Dans mon cas, lors de tests psychométriques pendant la formation et pendant toute la durée du programme, j'ai eu l'occasion de constater que la loyauté occupait une place importante dans mes décisions et dans mon souci de perception des autres à mon égard. Ceci veut dire que je n'aime pas butiner de fournisseur en fournisseur, par exemple, mais construire et entretenir des relations d'affaires à long terme. J'ai aussi un grand souci d'authenticité et de craftmanship, ce qui veut dire que je vais résister à planter de l'ail productif (beaucoup de caïeux par bulbe pour multiplier plus vite) parce que mes clients n'aiment pas les petits caïeux plats et que la plupart du temps ces variétés ont beaucoup moins de goût. Je ne veux pas non plus revendre de la marchandise, mais vendre ce que j'ai cultivé moi-même. Ces principes-là guidaient donc inconsciemment mes décisions, mais la plateforme m'a permis de réaliser qu'elles existaient et de le mettre par écrit. Certains pourraient penser qu'il n'est tout simplement pas rentable de cultiver de l'ail à quatre caïeux, mais il y a de la place pour toutes les valeurs dans une entreprise. C'est pour ça qu'il est si important d'identifier nos principes. 

Par les mêmes exercices, j'ai pu constater (sur le continuum entrepreneurial, une illustration des tempéraments humains en affaires - voir photo jointe) 
que j'étais une artisane, quelqu'un qui crée. En agriculture, ceci se traduit par l'envie de créer des produits fins, d'exception, de niche. Ça veut aussi dire que j'ai réalisé que je n'avais pas le talent pour vendre ces produits et que plutôt que de me battre et perdre du temps à devenir bonne vendeuse, j'avais à m'entourer des bonnes personnes pour la mise en marché. Il n'y a pas de honte à cela. Tout au long de notre évolution pendant la Plateforme, de nos prises de conscience parfois même de nos épiphanies (!) nous avons constaté que tous les entrepreneurs que nous avons rencontrés n'étaient pas bons dans tout. Sauf que c'est eux qui pilotaient le bateau. J'ai donc mis mon sentiment d'inaptitude de côté quand j'ai rencontré la personne pour m'aider à mettre en marché mes produits et lui ai avoué DÉTESTER faire les marchés publics. C'est important d'avouer ce qu'on aime et qu'on n’aime pas! Ça change tout! Oui j'aime créer des produits fins, mais je n'irai pas faire du "Bonjour, Madame" dans un marché de Noël! Ça aide énormément la personne qui m'aide à cerner pourquoi et comment on va vendre mes produits. Les "intervenants", "dispensateurs de services" et autres "personnes ressources" sont des humains qui ont aussi des valeurs, une mission et une vision dans leur travail, même s'ils sont à l'emploi d'autres personnes. Tout le monde est plus humain quand on prend le temps de voir les choses sous cet angle. J'invite donc les personnes qui me lisent aujourd'hui à s'interroger sur leurs principes et dans un prochain billet, j'essaierai d'expliquer concrètement c'est quoi la Mission et la Vision.

Monday, 23 April 2018

C'est le printeeeeeemmmmps! Oui, oui, le vrai! Celui qui fait qu'on met le nez dehors et qu'on renifle l'odeur de la terre qui dégèle, que nos oreilles entendent des chants d'oiseaux nouveaux, qu'on ressent le soleil sur la peau. Enfin! Ça veut aussi dire que beaucoup de travail m'attend et qu'il faut me mettre en branle.
À l'automne 2017, j'ai réussi à planter au dessus de 100,000 caïeux d'ail sur plus d'un hectare, mon chiffre magique.
Hier, 22 avril, je suis en tournée à Saint-André-Avellin, où j'ai planté .7 hectare dans un loam sableux qui reçoit 2450 unités thermiques.
Alors qu'il y a encore de la neige chez-nous à Mont-Laurier, l'ail de Saint-André-Avellin a un beau 10cm de racines et une pointe verte qui germe. Je l'ai renterré en remerciant les Dieux pour la survie à cet hiver détestable que nous avons eu (pour mes amis Français: nous avons eu un automne pluvieux, peu de neige en décembre, des froids extrêmes autour des fêtes de fin d'année, genre -30 degrés Celcius, et un redoux de janvier qui a mis la terre à nue, de la pluie, du gel et puis c'est resté comme ça plusieurs semaines-avec de la glace). L'ail prouve une fois de plus qu'IL (je dis toujours "elle") est plus tough qu'on pense.
Le défi de 2018 sera de suivre l'évolution de l'ail sur deux fermes à 172 km de distance, récolter l'ail de Saint-André pour le transporter à Mont-Laurier, où il ira se faire conditionner et sécher dans mes nouvelles installations.
Les analyses de sol à Saint-André sont très bonnes, mais celles de Mont-Laurier sont pauvres. Les analyses de 2014 avec lesquelles je travaillais faisaient état d'un sol riche et ça faisait du sens, avec le fumier de moutons dont je disposais. Les analyses d'un nouveau laboratoire sont revenues très pauvres! C'est alors que j'ai mandaté un 3e laboratoire pour en avoir le coeur net: pauvre. N'ayant pu réagir à l'automne, je dois donc rectifier la situation par des solutions en applications foliaires. De nouveaux produits sont donc à l'essai. Comme je suis sous régie biologique, mon choix de produits s'est tourné vers des biostimulants forts en azote, à base d'algues surtout. Je rendrai compte des résultats à la fin de la saison.
Ma bergerie n'ayant pas été curée depuis l'abandon de l'élevage, ce précieux fumier sera composté rapidement et épendu sur mes parcelles.
La nouvelle pratique sera d'utiliser les engrais verts complexes de pleine saison entre les années en ail. Ça aussi sera documenté et les résultats seront publiés en fin d'année.
Tout ça pour dire que l'abandon d'une activité ne veux pas dire moins de travail, au contraire, mais plus de bon travail au même endroit, ce qui s'appelle le focus, ou mise au point.
Sur ce, je souhaite une excellente saison 2018 à tous mes collègues agriculteurs! À bientôt. Anouk

Thursday, 14 September 2017

Tranche de vie d’un éleveur… qui décroche!

Mardi, 10 septembre, je quitte la ferme pour aller chercher 8 boîtes de viande à Thurso. Oui, je sais, c'est loin de Mont-Laurier. J'achète un rouleau de Thermofoil™ pour emballer ma viande là-bas, pour ne pas briser la chaîne de froid en revenant. J'apporte mon tape-gun et mon chéquier. Je devais combiner ce voyage avec un achat de semence d'ail, qui a été reporté. Je fais donc quelques 300km et "scrappe" ma journée pour aller faire ça. Juste ça. Alors que j'ai le vibro à passer et un guizillion d'autres affaires à faire. L'abattoir conserve ma viande depuis 2 semaines dans ses congélateurs et a besoin de place et une cliente s'impatiente. Cette dernière est venue visiter ma bergerie au début de l'été. Elle a choisi un agneau jeune, pour pas que ça goûte trop fort (what's the point, cliss) et un deuxième à partager avec une amie. J'explique à la cliente que mon abattoir de proximité local (je suis membre de la coopérative) étant en relâche pour l'été et une boucherie étant intéressée par une carcasse, j'organise un abattage à Thurso. Oups! C'est les vacances. Ça ira après. Après, le transporteur a pas un voyage assez plein pour justifier un transport. On attend la semaine suivante. Finalement, le client-boucherie va passer son tour. Pas grave, mon abattoir de proximité pouvait pas de toute façon (on ne peut pas mettre en marché une carcasse issue d'un abattoir de proximité dans le réseau des boucheries ou des restaurants - HRI). Je finis par envoyer mi-août. Le débitage des carcasses se fait la semaine suivante. Quand c'est prêt, je décide de combiner un voyage à Thurso avec autre chose. Ça marche pas. L'abattoir met de la pression. J'y vais. Pour passer une soirée avec mon chum, je mets toutes mes boîtes dans son congélateur. Le lendemain, je dois tout remettre en place. Je rentre le mercredi soir.
Aujourd'hui, alors que j'ai fait des pieds et des mains pour récupérer ma viande, la cliente m'appelle, frustrée, en me disant qu'elle ne prendra pas sa commande! Elle a attendu trop longtemps (je lui avais expliqué que c'était difficile, l'été, pourtant) et la chasse s'en vient de toute façon, que ça va (si tu frappes, Madame) prendre de la place dans le congélateur. Elle m'a fait faire des coupes spéciales, en plus. Bien sûr, tous ces délais tombent sur mon dos! J'ai le dos large. Et pour plusieurs choses, ça me glisse dessus comme la pluie sur le dos d'un canard. Mais là, toutes ces simagrées, c'est à cause des "lois et règlements en vigueur".
J'annonce à tout le monde que je lâche la production. Tout le monde est déçu. Bâtard! Les agneaux envoyés en août sont nés en mars, ont bu le lait de leur mère puis du foin de qualité, fait ici, avec toutes les machines "réguines" que ça prend, le stress de la température, l'organisation avec l'ex, les enfants, l'enrobeuse en CUMA qu'il faut charrier. Ils ont mangé l'orge fait ici, pour ne pas soigner au maïs ni au soya ogm. J'ai beaucoup de compliments sur la qualité de ma viande. C'est ben beau, mais on ne se rend pas compte que TOUTE L'ANNÉE, à Noël aussi, quand y fait -28˚C et de la poudrerie, faut que je parte le tracteur pour aller chercher une balle de foin dans le boudin et le soigner. Surveiller les premières naissances. Épier les signes de mauvaise santé. Faire tondre. Tailler les onglons. Ajuster la ventilation. Vous me direz que je l'ai choisie, cette vie, et vous aurez raison. Vous me direz que je n'ai qu'à suivre la recette du trois-agnelages-aux-deux-ans-de-brebis-prolifiques-maternelles-avec-bélier-terminal-agneaux-engraissés-à-la-moulée-protéines+maïs+soya-et-vendre-à-l'agence-de-vente et vous n'aurez PAS raison. Cette recette a sa place pour le supermarché, mais pas à qui veut une viande proche de sa nature. Les moutons sont des herbivores. Ils ont un cycle de reproduction comme le chevreuil. Leur viande est fine et délicate quand l'animal a mangé selon sa nature. Mais puisque la mise en marché de cette viande en région éloignée est un aria du câli.... et que je dois y mettre 365 jours par année pour 16$/kg carcasse du "produit" de tous les animaux reproducteurs chouchoutés toute l'année, produit bouclé-élevé-abattu-débité-emballé-transporté-congelé JE ME RÉSIGNE À CESSER LA PRODUCTION. Ma cliente est frustrée. Mes clients réguliers sont frustrés. Je suis frustrée. Et épuisée.

Saturday, 19 August 2017

Par en avant.

Nous voici arrivés à la période des récoltes, là où ENFIN les agriculteurs commencent à voir l'argent rentrer pour payer tout le nécessaire à produire qu'ils se sont fait "fronter" depuis le printemps. Si la récolte est poche, il restera un solde, qui sera reporté dans la prochaine année de culture, sur la prochaine paye. Quoi? Ben oui: l'on peut comparer qu'un agriculteur (qui n'est pas sous gestion de l'offre) n'est payé qu'à commission (rendement), peut-être 3 fois par année (bonjour la gestion du budget!) et travaille 7 jours sur 7 toute l'année, soirées et fins de semaines inclues (fatigués?). La gestion est une part ÉNORME de son travail, en plus de celui de produire. Les interruptions sont nombreuses, éteindre des feux est quotidien, jongler avec les comptes payables et le crédit un sport, l'épuisement est insidieux, mais on peut pas être malade alors on dit au corps de se taire et on continue sur le manque de sommeil, éreintés que nous soyons, "running on empty".
Heureusement, on brise l'isolement en s'offrant les services de gens compétents au travers du Réseau Agri-Conseils et on travaille main dans la main pour sortir de notre coquille, mettre la méfiance de côté (réflexe de protection) et on se projette sur le marché avec une idée neuve. Elle sera certes copiée, chahutée ou encensée, mais l'important c'est que l'argent soit au rendez-vous! Et ça, ça veut aussi dire qu'il y a des choix à faire.

Dans mon cas personnel, j'ai dû prendre la décision de laisser tomber une production: l'élevage des moutons, que j'accomplissais depuis 12 ans. Un deuil. 
Je ne serai plus Madame Moutons. Je serai Madame Ail. Toute mon énergie est maintenant dirigée vers l'atteinte d'une production considérable de bulbes, mais de les vendre au meilleur prix, dans des marchés de niche choisis, appuyée par un cabinet d'experts en mise-en-marché, en coûts de revient, en génie d'entreposage postrécolte, en transformation bioalimentaire, en agronomie. Mes mentors sont fiers de moi, de mes décisions, de mes nouvelles orientations, de mon nouveau souffle d'enthousiasme.
Bientôt, les Portes Ouvertes sur les Fermes du Québec, seront l'occasion de relaxer entre nous une fois la visite partie. Ces fins de journées où les bénévoles et producteurs socialisent sont une rare occasion de prendre des nouvelles de tout le monde et de discuter. Un "parvis de l'église" qui n'arrive malheureusement qu'une fois par année. C'est l'échange et le partage. Comment va le moulin à farine à Kiamika? comment l'asclépiade s'implante-t-elle à Lac-du-Cerf? as-tu confiance que la récolte d'épeautre bio sera bonne à Ferme-Neuve? Ah, tu vends tes moutons? J'ai vu sur Facebook que... etc. Quand les réponses sont négatives, inévitablement, par résilience engrainée et héréditaire, on entend des cultivateurs dire: On va essayer de faire mieux l'année prochaine! On est pas pour brailler! Qu'ess tu veux faire? On a tellement eu d'eau! et autres constatations. Oui, l'hiver va arriver, puis un printemps et un autre été. Eh oui, la prochaine paye est loin. C'est une long shot. 2 bandes, cross-coin la 8 dans le side. On call la shot pareil. On calcul nos angles, on met du bleu, on se concentre, on vise, on retient notre respiration un instant et pouc! Des fois on crie au miracle parce qu'on l'a eu! Desfois on se satisfait d'avoir pas frappé trop fort et la 8 est devant son trou, prête pour la prochaine shot. Je m'égare.
Tout ça pour dire qu'être agriculteur est pas une job facile. On le fait par vocation, beaucoup. Quand on réussit à gagner plus qu'il nous en a coûté, on efface tous les soucis, on passe l'éponge sur tous les efforts, la sueur, les inquiétudes, les feux: on est rétribués! On a le pas léger, le sourire plus facile, l'air rentre mieux dans les poumons. Aémlie Poulin qui marche sur le Pont-Neuf avec ce petit je-ne-sais-quoi dans l'air et rend parfaitement heureux, en symbiose, en harmonie avec tout l'univers. Le sentiment de ne pas travailler pour rien. De pouvoir même passer à une autre étape. L'année prochaine.

Sur ce, le 10 septembre, Bonnes Portes Ouvertes à tous!

Saturday, 19 December 2015

Toujours là!

Cela fait très longtemps que je n'ai pas écrit. Le temps me manquait. J'ai frisé le burnout au printemps 2015 et mon médecin m'a bien fait comprendre qu'il fallait que j'en fasse moins, car le vrai burnout est terrible. Je l'ai écouté. Tranquillement, j'ai dû laisser tomber des activités, des responsabilités, j'ai dû négliger certains aspects de ma vie et regarder ailleurs. Toute l'année a été très dure et j'ai passé mes journées, du matin jusqu'au soir, à travailler, malgré les décisions prises. Au mois d'août, après deux ans de séparation d'avec le père de mes deux filles, j'ai rencontré un autre agriculteur qui travaille autant que moi. Malgré la taille de sa ferme, il tire le diable par la queue. Maintenant nous sommes deux à vouloir sauver nos deux fermes familiales.
Au printemps à la suggestion de mon beau-frère qui s'occupe de ses entreprises en vrai champion, j'ai commencé à travailler avec le conseiller senior à mon CLD (pour mes fans européens, ceci est le Centre Local de Développement). Il m'a fait faire une réflexion en profondeur sur mes activités et mon entreprise. Je me suis prêtée aux exercices qu'il m'a proposés et j'ai enfin discerné dans tout ma noirceur, un portrait. Le portrait d'une entreprise rentable, efficace, agréable à diriger. De l'espoir. Un plan. Des étapes. Des démarches. J'envisage l'avenir plus sereinement, je marche d'un pas plus allègre, d'autant que j'ai mon «habitant», comme je l'appelle avec toute l'affection du monde.
En 2016, donc, pas de légumes. Enfin pas pour en vendre. Bien sûr que je sèmerai quelques carrés de potager pour la famille, mais le gros potager, lui, sera en jachère.
L'autre gros coup dur de l'année 2015 est que j'ai perdu la totalité de mes 21,000 plants d'ail dû à deux maladies fongiques (des vilains champignons, le botritys et le fusarium) et une bactérie qui porte un nom digne d'un grand scotch: burkholderia gladioli. Avec le soutien de ma famille, du backup financier, d'une émission de radio (Bien dans son assiette du 13 août) qui m'a apporté une offre de semences et des «planteux» pour m'aider, j'ai pu replanter cet automne 40,000 caïeux. Avec le temps doux, l'épandage de la paille n'est pas terminé, car on patauge dans la boue, mais un bon couvert de paille est de mise avec l'hiver mi-figue, mi-raisin que l'on nous annonce. Comme je ne mettais plus de paille sur mon ail depuis 2 ans, une hypothèse émise est que l'ail est «stressé». Comme nous lorsque nous sommes plus fatigués, déshydratés, surmenés, nous attrapons plus facilement des petits virus comme le rhume, l'ail stressé est plus sensible. Les conditions météo ont été favorables aux champignons indésirables et ils se sont attaqués à ce qu'il y avait de faible: mon ail. Je la chouchoute donc cet hiver avec une belle couverture de paille, une autre contribution de mon infatigable Chéri.
Pas de semis à faire ce printemps veut aussi dire plus de temps pour vraiment mettre la main à la pâte lors de la saison des sucres. Comme plusieurs d'entre vous le savent, Bernard, mon bras droit sur la ferme, entaille du bouleau depuis quelques années. Outre le sirop de bouleau, il fabrique aussi un réduit à mi-chemin du sirop, qu'il vinifie. Le produit en soi est déjà intéressant, mais le vin, très foncé, est inoculé avec des mères de vinaigre qu'il a développées au fil des ans et le vin vire au vinaigre. Le résultat étant proche du vinaigre balsamique italien en terme de douceur et de goût, j'ai commencé à le vendre au marché public et par bouche à oreille. Des projets de développement de ce côté font partie du nouveau plan de match.

Les moutons sont rentrés du pâturage, ils sont tondus et les derniers abattages envoyés chez le boucher attendent leur acquéreur au congélo. Les brebis les plus prolifiques montrent déjà de grosses, grosses bedaines et le premier bébé arrivera comme toujours, entre Noël et le jour de l'An. J'ai encore beaucoup, beaucoup de choses à faire avant l'hiver, mais pas aujourd'hui. Aujourd'hui, je fais des biscuits. Une tradition familiale avec mes filles. Le reste attendra.

Saturday, 15 September 2012

Chaux les marrons!

Je viens de lire l'article de La Presse d'aujourd'hui «La crise alimentaire imminente» de Marie Allard (incapable de vous trouver le cyberarticle, mais c'est dans La Presse du samedi 15 septembre, cahier A, page 24).
En exergue: «Un million d'hectares des terres agricoles du Québec - sur trois millions - est en friche».
On parle dans l'article surtout des céréales. Être agriculteur, c'est désespérément pas payant. La capitalisation et les investissements sont énormes. Les meilleurs arrivent à faire kif-kif. Si on veut revaloriser le territoire, faudra prendre des décisions.
Jean-Martin Aussant, chef d'Option Nationale, voulait nationaliser les ressources naturelles. Faudrait peut-être mettre les subventions au bon endroit. Dans mon cours de Gestion de l'entreprise agricole, on m'a enseigné qu'il faut d'abord avoir des champs en santé. Pour ça, ça prend avant toute chose, avant même d'engraisser le sol, un bon pH. Un sol, ça s'acidifie avec le temps. La chaux alcalinise le sol. Il faut le faire périodiquement et faire des analyses de sol. Le problème, c'est que la chaux peut se vendre 30$ la tonne à Sorel et 65$ la tonne à Mont-Laurier. Un sol en santé est garant d'un bon rendement. Parfois la différence entre 1/2 tonne à l'acre et 1 tonne 1/2 à l'acre de céréales. Faudrait commencer par là. Pourquoi le Québec ne serait-il pas propriétaire de carrières de chaux et pourquoi le transport ne serait-il pas aplani entre les régions, comme le transport du lait? 45$ la tonne pour tout le monde, partout au Québec!!! Des champs en santé, de la productivité, de la revitalisation, de la relève, de la rentabilité. Et pis tant qu'à y être, pourquoi ne pas subventionner les analyses de sol et l'épandage de chaux? 50% tiens. Moitié-moitié l'état et le cultivateur. Vous pouvez être assurés que les mines fourniraient pas pis que le tonnage augmenterait de façon fulgurante!
Ensuite, pour l'élevage, ça prendrait un abattoir de type A dans chaque région. Ainsi, nul besoin d'aller revirer à Terrebonne quand on est à Mont-Laurier. Ça, ça encouragerait les petits élevages. Petit élevage rentable grossit. Moyen élevage rentable grossit. Gros élevage rentable fournit des emplois durables et assure une relève.
Me semble que c'est pas si compliqué à faire?
On loue une terre qui est plus sablonneuse et qui a fourni un piètre rendement d'avoine la semaine dernière. On a pas l'argent pour la faire chauler. On doit réduire le troupeau de moutons pour faire un petit revenu pour payer des pneus neufs en arrière au tracteur pour faire les labours. 5 000$. On va donc avoir moins de fumier à épandre et moins de revenus l'an prochain. Faudra soit aller travailler à l'extérieur ou trouver de nouvelles idées pour survivre. Juste survivre. C'est par normal. L'article d'aujourd'hui parle de besoins de 70% de plus de production agricole. C'est juste avec des sols en santé qu'on va pouvoir faire ça. Y'a un million de terres en friche qui ne demandent qu'à produire. Va falloir s'en donner les moyens. Pis vite.

Monday, 27 August 2012

Je mange ma chemise.

Oui. Je mange ma chemise. Je suis sur le point de déclarer forfait. Le mouton, c'est fragile, ça demande de la manipulation, c'est pas payant pis ça mange. Vous allez me dire qu'une vache c'est pareil. Pas tout à fait.
Prenez un mouton. Imaginez que vous voulez un agneau. Il faut mettre un bélier avec une brebis. Un bélier c'est souvent méchant. Passé les bleus, vous attendez patiemment 5 mois et si vous êtes chanceux (une brebis peut avorter juste parce qu'elle a mangé trop d'ensilage) vous avez deux agneaux. La mère donne du lait rien que d'un bord alors vous supplémentez les deux bébés au biberon. Y'en a un qui meure au bout de deux semaines. L'autre se porte bien, mais la semaine suivante, il a une diarrhée. Coccidiose. Il commence à manger, alors vous obtenez une prescription de votre vétérinaire ($$) pour une moulée anticoccidiose ($$). L'agneau passe à travers. Vous avez la chance qu'il se rende à 4 mois et il est prêt pour le marché (il arrive régulièrement qu'un agneau de quatre mois meure sans raison - vous arrivez à l'étable le matin et il est là, couché dans un coin, sans vie). Vous avez des papiers à remplir, car maintenant il y a une agence d'arrimage entre acheteurs et vendeurs et vous devez annoncer deux semaines à l'avance que vous avez un agneau à vendre. Après confirmation que vous pouvez le vendre, il vous faut organiser le transport. Vous ne pouvez vous déplacer vous-même à l'abattoir «le plus proche», car il est à 300+km. Vous devez donc utiliser le transport collectif. Le transporteur n'a pas assez d'agneaux à transporter la semaine prochaine alors ça va aller à l'autre semaine. Vous rappelez l'agence de vente pour les informer que vous ne pouvez livrer comme prévu. Deuxième confirmation. Ça, c'est une chose.
Ensuite, comment êtes-vous payé? Pour faire un chiffre rond, mettons que l'agneau en question pèse 50kg vivant. À l'abattage on enlève les tripes, la tête, les sabots et on pèse ces «déchets», qui représentent en général 55% du poids vivant de l'animal. C'est ce qu'on appelle la carcasse chaude. Il reste donc 22,5kg. L'animal est ensuite classifié selon le gras dorsal, la longe et autres critères. Il peut être déclassé. Si vous êtes chanceux et que vous n'avez pas trop fini votre agneau au maïs, il classera bien et vous aurez votre 9$ le kilo carcasse. 202,50$. Enlevez le transport (6$ pour l'apporter à la «station d'autobus» et 14$ pour «l'autobus»), les frais de classification et de mise en marché et il vous reste peut-être 170$.
170$ pour vous être levé tous les matins, nourrit, payé la moulée, faire le foin, remplir le tracteur de diésel - toujours de plus en plus cher, sortir les morts dehors et les enterrer, vous être fait lutter par votre bélier, réparé le parc qu'il a défoncé, soigné vos bleus, fait des téléphones et rempli des papiers. Multipliez tout ce trouble-là par le nombre de brebis que vous avez (130) et multipliez les dépenses par deux parce que tout coûte plus cher et vous allez vous demander ben vite pourquoi vous vous levez le matin. Oh, bien sûr, quand vous en vendez en dessous de la table pour un méchoui dans la région on vous dit que votre agneau est fantastique, qu'il est donc tendre et goûteux! Mais si vous voulez récupérer vos carcasses de l'abattoir à 300+km pour les faire débiter dans votre région et vendre votre belle viande à des clients, c'est une autre histoire! Voulez-vous l'entendre? Non? Déjà écoeurés de me lire? Ben moi je suis écoeurée du système. Parce que, en plus, pour en finir avec mon histoire de mouton, si je l'envoie abattre à l'autre bout du monde, je ne récupère pas tout mon mouton. Je pourrais faire de beaux «dessous de fesses» pour les skidooeux avec la peau, mais je ne la récupère pas. Pensez-vous que c'est jeté tout ça? Y'a des entreprises qui ramassent tout ça pour des peanuts. La peau, les parties «non-comestibles», c'est valorisé en bouffe à chien et en sacs à main. Pas par moi.

Maintenant, levez-vous le matin et rentrez dans une étable pleine de vaches qui sont sur le point d'exploser tellement leur pis est plein. Elles sont contentes de vous voir, car elles seront soulagées. Vous commencez par les nourrir pour les calmer et vous rincez votre pipeline en prévision de la traite. Une vache est en chaleurs, vous appelez l'inséminateur (beaucoup plus gentil qu'un taureau) et il va passer dans la matinée pour l'inséminer avec la pipette de votre choix (il y a même un beau catalogue en couleurs). Vous commencez la traite. Oh vous mangez parfois un coup de pied ou un coup de queue, mais ça va assez bien. La traite finie il faut traire à part celles qui sont en début de lactation ou qui font de la mammite (grumeaux). Il faut faire boire les petits veaux. Laver et rincer le pipeline. Laver la laiterie. Passer le balai. Tiens? l'inséminateur. Bon ben on va jaser un peu. L'inséminateur parti, tiens, voilà le camion de lait qui vient chercher le lait dans votre réservoir. Vous lui envoyez la main, car vous être pressé d'aller dîner et y'a du foin à racler que vous avez coupé hier. Deux semaines plus tard (ça ne change rien pour vous parce que dimanche ou jeudi c'est pareil) il y a un dépôt direct dans votre compte pour vos 25kg de quota remplis, jour après jour il est vrai. Le camion passe tous les deux jours, beau temps mauvais temps. Vous trayez deux fois par jour tous les jours, beau temps mauvais temps. Mais vous êtes payés pour votre travail. Les Québécois boivent un lait de qualité, équitable pour tout le monde (sauf les transformateurs - pauvres eux autres, obligés de se rabattre sur des ingrédients laitiers importés pour fabriquer du fromage cheap parce que le système de quota fait que notre lait est trop cher! Bou-hou-hou!) Méfiez-vous! Depuis que les agriculteurs sont passés inaperçus à Montréal lors de la manif à propos de l'Accord de commerce interprovincial (vous vous disiez aussi, qu'y sont ben chialeux - encore - ces maudits agriculteurs), vous pourriez retrouver des ingrédients laitiers dans votre yoghourt. Ben oui! Au Québec, le yoghourt devait être fait avec du lait, seulement que du lait, de producteurs d'ici. Ben des nonos de l'ouest (encore eux!) ont argumenté que cette loi était une entrave au commerce parce qu’eux ont le droit de fabriquer du yoghourt avec des fractionnements de protéines de lait du Danemark ou de Nouvelle-Zélande, mais qu'ils n’ont pas le droit de le vendre au Québec! Et ils ont gagné! Vous rendez-vous compte? Saviez-vous que dans ces pays, parce que le prix est tellement bas parce qu'il n'y a pas de système pour protéger les agriculteurs des fluctuations de prix, ils ont le droit d'utiliser des hormones pour que les vaches donnent plus de lait? Saviez-vous qu'ici c'est interdit?
Ben je vais vous dire, moi, que le système de quota laitier c'est la meilleure chose qui soit jamais arrivée parce que c'est la seule structure qui garanti un revenu décent à l'agriculteur qui travaille à la sueur de son front! Tous nos produits de base devraient être couverts pas un système similaire et chaque pays devrait faire pareil et arrimer sa production intérieure de produits de base avec sa consommation intérieure. ÉQUITABLEMENT, pour le fermier et pour TOUT LE MONDE. Vous voulez être «solidaires», être «collectif», avoir un projet de société? Préoccupez-vous donc de ce que vous mangez, qui l'élève ou le cultive et comment. Merci.

Wednesday, 20 June 2012

Recettes

Je me suis fait demander la recette de mon confit d'oignons destiné au banquet Haute-Voltige (produits des Hautes-Laurentides). Il s'agit d'une recette élaborée par André Paul Moreau que je reproduis ici (il faut peser les ingrédients):

Marmelade d'oignons rouges, canneberges, sirop d'érable et hydromel.

Ingrédients

1kg d'oignons rouges hachés ou ciselés
100g de beurre clarifié non salé (technique ici)
350g de sirop d'érable (j'ai pris celui de Gérald Brisebois)
250g de canneberges fraîches ou congelées (ça, on n’en a pas dans la région)
100ml de vinaigre de vin rouge
200ml d'hydromel Blizz (Ferme Apicole Desrochers)
5g de sel de mer (toute une variété ici)

Méthode


1. Faire revenir dans le beurre clarifié les oignons environ 5 minutes.
2. Ajouter le sirop d'érable et les canneberges et laisser cuire 30 minutes en remuant souvent. Ajouter le reste des ingrédients et laisser mijoter doucement sans couvercle jusqu'à l'obtention d'une consistance sirupeuse.


Pour le pesto de fleur d'ail:

1kg de fleurs d'ail
12g de sel de mer
40 à 50 ml de jus de citron
1 tasse d'huile de tournesol (pas d'huile d'olive, car elle fige au réfrigérateur)

Placer tous les ingrédients au robot sauf la moitié de l'huile. Pendant que le robot tourne, ajouter la 2e moitié de la tasse d'huile. Mettre en pots et bien aplatir le dessus du mélange, verser une couche d'huile pour «sceller» et s'assurer, à chaque fois que l'on se sert une cuillerée, de bien replacer le mélange à plat et qu'il y ait une couche d'huile avant de replacer au frigo.

Voilà!

Wednesday, 13 June 2012

La crise

Je me suis faite silencieuse dernièrement. Faut dire que je n’ai pas le temps d'écrire: 2 jeunes enfants (à la garderie à plein temps, mais même quand elles ne sont pas là, je fais plein de choses pour elles), des semis à partir, des semailles à faire, de la tuyauterie à réparer, un petit étalon nouvellement castré dont je dois m'occuper, des roches à ramasser pour semer de la pelouse autour de la nouvelle maison, 1km de clôture électrique à faire, 5 buttons d'ail à sarcler, un groupe de brebis à mettre au bélier, pis y'arrête pas de faire beau, alors les factures et la comptabilité attendent…
La crise étudiante s'est transformée en crise de réveil brutal sur la façon dont l'argent mis dans le «pott» est dépensée. Plusieurs scandales ont été soulevés depuis celui des commandites. Les gens sont écoeurés de se faire fouiller dans les poches alors que plusieurs industries semblent ne pas faire leur «juste part», expression utilisée par le gouvernement pour justifier une hausse des frais de scolarité. Premièrement, une hausse de 75%, même étalée sur 5 ans, était une très mauvaise idée. Quand on enfile comme des perles toutes ces augmentations, comme celles de la SAAQ par exemple, pour justifier que les coffres sont vides - à cause de quoi? mauvaise gestion - et que l'on se retrouve avec un chapelet d'abus de toute sorte et que l'on demande aux citoyens parmi les plus taxés du monde de contribuer encore plus, on se retrouve avec beaucoup plus que des étudiants dans la rue!
Merci, ceux qui ont la liberté de quitter leur domicile ou leur travail pour participer à ces manifestations historiques. Nous les agriculteurs, on ne peut pas quitter notre ferme pour plus que quelques heures à la fois. Oh, mon chum est bien allé quelques fois manifester, surtout pour l'accord interprovincial ACI. Notez le point en 3e place: «L'absence d'obstacles inutiles». C'est surtout pour cela que mon chum allait manifester. Comme le Québec exige que le yoghourt soit fait avec du lait, des lobbys puissants ont poussé pour que les normes de composition des yoghourts soient uniformisées… par le bas! Argumentant que les normes québécoises étaient un obstacle au commerce, les lobbys ont gagné et l'ACI a été resignée par notre cher gouvernement actuel, n'obligeant pas les provinces à utiliser du lait pour fabriquer du yoghourt. Ça, ça veut dire que les yoghourts peuvent dorénavant être fabriqués avec des ingrédients laitiers. Ces substances sont transformées pour ne pas s'appeler du lait ou de la crème et entrer au Canada sans barrières tarifaires pour composer les yoghourts que vous mangez, sans savoir que ça n'est pas le lait de nos bonnes vaches canadiennes qui a été utilisé. Ces substances peuvent provenir de Nouvelle-Zélande, du Danemark, bref, d'ailleurs où on ne sait pas comment elles ont été produites. La gestion de l'offre au Canada est un système intérieur de commerce équitable et c'est une maudite bonne chose. Les industriels tentent de la faire tomber en argumentant que c'est un obstacle au commerce. Ils préféreraient que le système s'effondre pour profiter du bon lait canadien à 14¢ le litre alors que le producteur a autour de 67¢ le litre sous gestion de l'offre. Une ferme qui a un prix raisonnable pour ses produits paye ses factures, fait vivre sa famille, atteint une capacité de remboursement et génère un petit profit pour remplacer sa machinerie ou se moderniser. Toutes les fermes qui ne sont pas sous gestion de l'offre tirent le diable par la queue et peinent à obtenir 22% du prix de détail des aliments qu'elles produisent. Faut en parler de ça!
Cet été, je vous invite à arrêter «chez l'habitant» et à acheter quelque chose et piquer un brin de jasette. Si vous ne l'avez jamais fait, ce sera une belle expérience!

Thursday, 26 January 2012

Les «vrais» agriculteurs.

Je viens de prendre connaissance de l'article écrit par monsieur Michel Morisset dans Le Soleil du 24 janvier: Article ici
Ça m'enrage de lire ça. Quoique je ne partage pas les opinions de Benoît Girouard, président de l'Union Paysanne, qui répond dans le même journal à monsieur Morisset, (voir article ici) j'ai moi aussi envie de rétorquer.
Je suis productrice agricole depuis 6 ans. Je suis déficitaire depuis 6 ans. La raison pour laquelle je fais partie des 25% de «parasites» est que le système est fait pour ceux qui font du volume, qui fabriquent de la matière première cheap pour les transformateurs et qui réussissent à joindre les deux bouts grâce au volume de leur production. Point.
Scénario classique de ceux qui veulent s'établir en agriculture et qui ne sont pas «la relève» (ils ont plus de 40 ans): un couple qui grâce à ses deux jobs réussi à s'acheter une terre de dimension raisonnable (un lot-un lot 1/2 soit 100-150 acres) et qui décide d'élever quelques animaux (pas besoin de machinerie pour ça) pour commencer et augmenter de «volume» à chaque cycle de production, essayer quelques espèces pour finalement établir son choix sur une ou l'autre ou les deux.
Le couple choisit d'élever mettons 20 lapins au début. Le couple se rend compte que l'élevage de lapins est une production sous gestion de l'offre au Québec. Pas d'avenir là-dedans à moins d'embarquer chez «les gros». On oublie la volaille, qui est sous gestion de l'offre au Canada. Le couple décide d'élever des moutons, parce que ce sont des bêtes plus petites que des vaches et assez dociles.
Le couple soigne ses animaux avant de partir travailler le matin et en revenant de travailler le soir. Quelques essais et erreurs leur permettent quand même d'avoir quelques agneaux à vendre. Attention! C'est là que ça se corse: le couple a 7 agneaux à vendre. Abattre eux-mêmes est illégal. Fabriquer une cage de plywood pour mettre sur la boîte du pick-up est assez facile à faire. Mais là, un des deux conjoints doit prendre une journée de congé de sa job pour aller porter les animaux à l'abattoir le plus proche (234 km) et aller les chercher une autre fois (une autre journée de congé sans solde). «Oh, mais j'y pense, mon voisin sur le rang y va régulièrement lui, à cet abattoir, je pourrais lui demander de transporter mes animaux?!» se dit Monsieur Débutant. (Bruit de rails de chemin de fer qui grince) mais non! Le voisin voudrait bien, mais il n'a pas les assurances requises pour transporter des animaux qui ne sont pas à lui! Et ces assurances coûtent cher! Les agneaux grandissent, mangent beaucoup de moulée, deviennent pubères et zignent leurs mères et leurs tantes, fautes de parcs suffisants dans la vieille étable croulante pour les séparer. Cinq mois plus tard, n’ont toujours pas trouvé de solutions pour faire abattre les animaux et les brebis donnent naissance à une trâlée d'autres agneaux. Le bill de moulée est astronomique et les conjoints paient de leur poche. Que faire? S'équiper d'un bon pick-up et d'un trailer? Augmenter le nombre de brebis? Agrandir l'étable? Construire au moins un toît et installer un abreuvoir chauffant pour élever plus d'animaux? Est-ce que le voisin voudra venir livrer une grosse balle ronde de foin à tous les deux jours vu qu'on n’est pas équipés pour faire ça? Oh-ho! Problème: aller porter les animaux à l'abattoir soi-même, mettons, mais quand on ira les reprendre, ce seront des carcasses et elles devront faire le voyage de retour par camion ou remorque RÉFRIGÉRÉE. Oh que ça coûte des bidous, ça! Pas les moyens. Que faire alors? Est-ce que le voisin a le droit de transporter les carcasses qui ne sont pas les siennes? Tiens donc. Une fois en carcasses, les animaux n'ont plus de boucles ATQ dans les oreilles, elles n'ont même plus de têtes! Qui peut dire quelles bêtes sont à qui?
Parallèlement à ses déboires, le couple décide de faire des petits fruits. Framboises, fraises, etc. La 1re année, on n’y touche pas. La 2e année, on récolte soi-même et on fait des confitures pendant des jours, écoeurés, dans notre cuisine. On finit par donner les pots à la parenté à Noël. La 3e année, il y en a trop et on cherche à la dernière minute à embaucher des récolteux pendant qu'un des conjoints va voir au supermarché au village, voir s'ils ne prendraient pas la récolte. Le prix est dérisoire, les conditions sévères, mais on le fait quand même. Comme on a pas respecté les conditions, que la qualité et l'approvisionnement étaient trop variables, on se fait remercier et on cherche une solution pour l'année prochaine. Ça fait maintenant 4 ans qu'on est «agriculteur», mais on a toujours nos jobs à l'extérieur en plus de faire tout ça. On se fait traiter de parasites parce qu'on reçoit un petit peu d'ASRA de l'État. Bon, je m'arrête là, vous voyez le portrait.
Sauter la marche entre «gentleman farmer» et «vrai farmer» est le souhait de beaucoup de fermiers. Le système n'est pas fait pour ça. Les seuls qui pourraient aider notre couple fictif dans leur situation sont probablement Équiterre. Notre couple pourrait envisager delaisser tomber les moutons, se faire certifier biologique, diversifier un peu la production maraîchère et profiter des conseils, de l'expertise et de l'encadrement d'Équiterre pour fournir des paniers de fruits et légumes bio aux gens des villages environnants. Une agriculture marginale. Est-ce qu'au moins un des deux conjoints pourra éventuellement quitter sa job de jour pour travailler à plein temps sur la ferme? Pas sur.
Est-ce la faute de notre couple?
Non.
Si notre couple avait eu un abattoir à proximité, il aurait pu tirer son épingle du jeu avec les moutons. Mais il aurait eu à faire face au dilemme inévitable qui est: volume ou créneau? En créneau, il aurait fallu qu'il fournisse des coupes spéciales à ses clients et donc, qu'il trouve un bon boucher dans sa région, ne pouvant le faire lui-même, s'équiper de congélateurs et de frigidaires fiables, obtenir le permis approprié et relever la température des ses salles chaque jour et consigné dans un registre les relevés et les dates.
Les quelques entreprises de créneau que je connais qui sont bien décollées se comptent sur les doigts d'une main. Elles comptent quand même plusieurs employés et font un gros chiffre d'affaires. La roue tourne et les propriétaires doivent rester vigilants, car leur marge de profit est mince.

Si on veut revitaliser les régions, il va falloir que «le couple qui cherche une production dans le but qu'au moins un des deux d'ici 5 ans travaille à temps plein sur la ferme» ait de l'aide. De l'aide de l'État, de l'aide de la communauté et de l'aide des gens du milieu. C'est pas en dénigrant ceux qui veulent percer, courageusement, tout seuls, qu'on va aider à régler le problème. C'est pas non plus en s'obstinant dans l'éloge du petit et en comptant dans ses rangs autant des producteurs marginaux que de sympathisants à la ferme bucolique.
Pour ma part, après 6 ans en agriculture, et bien des culs de sacs, nous sommes sur une nouvelle voie. Mon but est de devenir une «vraie» agricultrice et de rentabiliser ma ferme. J'ai pas eu d'aide sans faire des pieds et des mains. J'ai réussi à faire profiter mon conjoint de l'Aide à l'établissement de La Financière Agricole à quelques mois de son 40e anniversaire (la relève s'arrête là et moi j'étais déjà «passée date») et nous avons eu la subvention Prime-Vert pour retirer nos animaux des cours d'eau (une partie de notre terre borde la rivière du lièvre).
Mon voisin qui a du succès et qui est dans l'agneau depuis des années me disait cette semaine: «Si je vendais à l'Agence de vente, j'arriverais pas. Je transporte moi-même, je rachète mes agneaux à l'Agence et je les mets en marché moi-même». Il livre à des restaurants et vend à d'importants marchés publics. Il a 3 camions, 5 remorques, travaille avec son frère et son fils et se fait aider d'un employé. Son troupeau compte presque 300 moutons, il possède 3 tracteurs et toute une panoplie de machinerie. L'agneau est sa seule production. Il doit constamment trouver des manières plus faciles et moins coûteuses de nourrir ses bêtes, lire une documentation considérable d'articles sur la nutrition et la supplémentation, apprendre des logiciels, s'équiper de caméras, utiliser la domotique, skipper des repas quand c'est le temps des foins, réparer de vieilles machines quand ça casse et courailler des pièces devenues rares, se renseigner sur les races, soigner autant à - 20˚ C qu'à 30˚ C, etc.
Nous aussi on fait tout ça. Mais on vend nos agneaux à l'encan quand ils sont légers et à l'Agence quand ils sont lourds, et on utilise le transport en commun. Les dates sont déterminées d'avance et on doit apporter nos agneaux à un parc de détention, comme d'autres producteurs de la région, et un camion lourd ramasse le lot le jour dit et emmène nos bêtes à St-Hyacinte. On reçoit un maigre chèque et on se demande pourquoi on fait ça. Le tracteur a besoin de pneus neufs, à 2 000$ chacun. Ma boîte de comptes à payer est pleine. Je songe parfois à prendre un travail à l'extérieur, puis…
Je me lève le lendemain et je serre les poings et je me dis que Non! C'est pas vrai qu'avec tout ce qu'on a, on n’est pas capable de vivre décemment! Et on continue en étudiant encore toutes les possibilités de réduire nos coûts et augmenter nos revenus. On ne fait que ça. On ne discute que de ça. Et quand on parle à nos voisins, on se rend compte qu'on est tous dans le même bateau. Si autant d'agriculteurs tirent le diable par la queue, peut-on vraiment jeter le blâme sur eux seuls?

Wednesday, 9 November 2011

À la vie, à la mort!

Cette semaine, ma fille de 4 ans, Bianca, aperçoit une brebis morte dehors près de la bergerie. Nous marchions, j'avais Agathe, 1 an 1/2, dans les bras et nous allions donner de l'eau à mes deux vieilles juments dans un pré éloigné.
«Pourquoi il est mort le mouton Maman?»
– «C'est une brebis, ma chouette, et elle était très maigre, malade, et on a pas pu la soigner».
«Pourquoi elle était malade le mouton, Maman?»
– «Elle a maigri sous sa laine sans qu'on s'en aperçoive, elle a nourri ses petits de la fois d'avant trop longtemps, elle s'est fait tasser par les autres pour manger et elle a dépéri. Ça arrive ma chouette et ça fait pas plaisir à Papa pis Maman»
«Min pourquoi la mouton il est là?»
– «Parce que Papa l'a sorti pour aller la porter loin, loin»
«Le mouton il était maigre pis il a eu des bébés pis là il a pas mangé pis là il est mort!»
– «C'est ça, ma chérie».
Ouf!
On s'est rendues jusqu'au champ, donné de l'eau aux juments, flatté leur nez doux comme du velours et on a pris le chemin du retour. Mon chum avait apporté une balle ronde neuve avec le tracteur et avait déroulé la première couche moins bonne et la brebis morte était recouverte.
«Il est où le mouton Maman?»
– «Papa a du s'en occuper ma chouette».
«L'est parti?».
– «C'est ça.»
On rentre dans la bergerie et la première chose que Bianca aperçoit c'est un agneau naissant, mais mort près d'un parc.
«Maman le bébé il est-tu mort?»
–Oui, ma chouette, le bébé est mort-né, ça arrive.»
On passe le triste petit cadavre et on observe des agneaux de quelques semaines qui bondissent partout et profitent du repas de leur mère pour les têter allègrement. Certains tentent même de voler du lait à des brebis qui ne sont pas leur mère. Nous avons quelques brebis vieillissantes, mais encore vaillantes, dont le pis est fatigué. Les bien-portantes seront réformées, c'est à dire quand-même envoyées à l'encan où elles prendront le chemin d'une usine de croquettes à chien après l'abattoir, les pires cas seront réformés à la ferme, c'est-à-dire égorgées sur place et enterrées très creux.
J'attrape un agneau par une patte arrière, au dessus du jarret et lui fait la prise du «Little Beaver» pour l'immobiliser et que les enfants le flattent doucement. Sa laine est fine, serrée, son nez est rose et il sent bon la lanoline derrière les oreilles. J'en profite pour enfouir mon nez dans son cou et prendre une bonne snif. Je libère l'agneau qui bêle un bon coup avant lever le nez, repérer sa mère à l'odeur et se précipiter sur son pis pour se soulager de sa frayeur.
«Il est pas mort, han Maman, le mouton»
– «Non, ma Chérie, il est bien vivant»
«Maman, on va tu le manger le mouton?»
– «Oui, ma chouette, il va se faire manger le mouton, quand il va être grand, quand il sera pus cute pis qu'y va vouloir nous rentrer d'ins jarrets. Là on va être content de le manger, crois-moi!»
«Ben moi y'aime pas ça quand les moutons y rentrent dans les jarrets».
–Ben tu vois, la vie est bien faite, han?»
«Han.»

Les nègres blancs d'Amérique

Selon Wikipedia L'esclavage est le système socio-économique reposant sur le maintien et l'exploitation de personnes dans la condition d'esclaves.
L'esclave peut dépendre de toute autorité : personne, groupe, organisation ou encore État. L'Académie française ajoute à cela, par extension, toute« institution sociale fondée sur l'existence d'une classe d'esclaves »4
Par analogie, l'esclavage est donc l’« état, [la] condition de ceux qui sont soumis à une tyrannie, à une autorité arbitraire ; asservissement, servitude. »5.
Par extension, « se dit d'une personne qui se tient dans un état d'assujettissement, de dépendance, qui subit l'empire d'une chose. »6


Pas rigolo n'est-ce pas? Pourtant, si on considère que l'agriculteur d'aujourd'hui ne peut recevoir le juste prix pour ses produits, parce que la majorité des gens peine déjà à payer l'épicerie, on peut décrire la situation des agriculteurs comme étant des esclaves de la société. Les gens n'ont pas les moyens de payer le vrai prix de la nourriture, donc, collectivement, on force une catégorie de citoyens à produire cette nourriture à un prix que Monsieur et Madame Tout-le-monde peut payer.


Le coût de la nourriture bon marché pour les consommateurs, c’est le coût de l'inexorable appauvrissement des fermiers. C'est le coût de l'endettement des agriculteurs, sans espoir de renverser la vapeur, et qui les conduit inévitablement à la faillite à plus ou moins long terme.


De la même manière que certains jugent que la société ne peut se permettre l'équité salariale des femmes parce que cela serait un fardeau trop lourd pour les entreprises, la nourriture bon marché se fait sur le dos des agriculteurs et continuera de se faire jusqu'à ce que... Jusqu'à ce que quoi au juste? Quels recours avons-nous, agriculteurs? Pouvons-nous déménager? Changer de métier? Baisser davantage nos coûts de production? Non. Nous ne pouvons pas. Et le danger, c'est que pour augmenter les revenus, il faut investir et pour investir, il faut emprunter. Les nouveaux revenus ne permettent pas de payer le nouvel emprunt et l'agriculteur s'enlise un peu plus dans l'endettement, avec le surcroît de travail de l'augmentation de la production (plus d'animaux donc plus de foin et plus de grain, avec plus de temps à consacrer à soigner soir et matin). Comment arrêter ce cercle vicieux? Ça dépend si on est petit ou si on est déjà gros. Si on est déjà gros, on fait une production de volume. Si on est petit, on fait une production de créneau. Dans mon cas, c'est une production de créneau. Donc, la logique veut que je me «créneautise» davantage, et non que j'augmente mon volume de production. C'est bien beau, produire un agneau «élevé à l'orge bio ou au pâturage en liberté, sans hormones, pesticices ou herbicide», mais la réalité est que cet agneau doit quand même être abattu dans un abattoir de type A. Ce type d'abattoir est pour moi à Terrebonne alors que j'habite Mont-Laurier. Beau casse-tête. En plus, comme cet abattoir est gros, je ne peux pas avoir un traitement spécial et récupérer mes abats. Quoi? J'ai élevé avec grand soin mes agneaux et je ne peux pas avoir le foie, le coeur, la langue, les joues, les animelles? Allô?! Je fulmine! Si je fais affaire avec l'abattoir de proximié du prochain village, j'ai plus de service, mais je n'ai pas le droit de commercialiser ma viande, lire: pas le droit de la vendre! Donc, on me maintient dans la pauvreté. Pas le droit de vendre ma viande, ce qui est le but premier de mon métier, à moins de rentrer dans le gros tordeur industriel. Carcasse seulement. Pas de peau à tanner, pas d'abats. Et 8.60$ le kilo si je vend à l'Agence de vente d'agneaux lourds. Si je vend moi-même (je suis obligée de vendre quand même à l'Agence et racheter mes carcasses et payer pour le classement), je vend directement à mes clients 16$ le kilo. À l'épicerie, l'agneau haché se vend 13$ le kilo et le gigot se vend 54$ le kilo. Donc, si je vend au «système», en plus de recevoir des peanuts pour mon agneau, je le retrouve à, en moyenne, 30$ le kilo en épicerie. Trouvez l'erreur. Comment pensez-vous que je me sens, moi, agricultrice, devant le comptoir des viandes à l'épicerie? Comme une pauvresse! Voilà comment je me sens! J'ai des dettes et les factures continuent d'arriver dans la boîte aux lettres et je dois compter avec combien de moutons je vais réussir à payer tout ça. Ben le nombre de moutons excède ma capacité de production! Donc, ma seule option c'est de vendre mieux ce que je suis capable de produire. J'ai quelques idées. À suivre dans un prochain blogue…


Once again, pour ceux qui trippent sur les idées de Joel Salatin, sa montée de lait sur le pourquoi du comment que son bacon est 9$ la lb: 9$/pound bacon.

La vie cochonne

Hier, j'ai décidé d'aller faire une petite épicerie, parce que c'était dimanche et que je n'avais pas prévu plus loin que mon souper de l'Action-de-Grâces (un poulet de 18 lbs élevé nous-même et abattu illégalement). Je n'avais pas encore eu livraison de mon 1/2 cochon (veux pas savoir s'il a été abattu illégalement ou pas) et mon chum me demande un filet de porc pour souper. 8.36$ un petit filet de porc! 15$ le kilo! Je regarde les cubes de boeuf à ragoût, même prix. Presque 8$ pour une tout petit paquet. Finalement, écoeurée, je me rabat sur un carré de porc à 11$ le kilo. Sachant que les producteurs de porc du Québec ont la tête sur le billot, je suis attristée. Arrivée à la maison, je regarde la Revue des Marchés dans la Terre de Chez-Nous et je constate, consternée, que le prix obtenu par le producteur la semaine dernière est 1.75$ le kilo!!! Le prix à l'épicerie est donc 857% de plus. La question que peu de monde se pose: Pourquoi les prix à l'épicerie sont-ils si élevés et pourquoi tous les producteurs agricoles qui ne sont pas sous gestion de l'offre tirent-ils le diable par la queue financièrement? On a un méchant gros problème. Je reviens à mes moutons, puisque je suis éleveur de moutons comme vous le savez maintenant, et parce que depuis quelques années, il y a une mise en marché collective dans l'agneau lourd au Québec (pas dans le porc). J'obtiens 8.60$ du kilo (carcasse et bien classée) pour mon agneau à l'Agence de mise en marché et l'agneau à l'épicerie est au bas mot 30$ le kilo. Quelqu'un, en une semaine, a fait 350% de profit sur mon dos. Selon mon boucher, s'il veut acheter des carcasses d'agneau pour les débiter, selon la quantité de carcasses qu'il va acheter, le prix peut tourner autour de 10.50$ le kilo. L'abattoir fait donc 22% de profit, ce qui est plus normal. Alors, QUI fait minimum 20$ le kilo sur mon dos? Les distributeurs? Ceux-ci vont se plaindre du prix de l'essence et du diésel, de la piètre condition des routes qui maganent les camions, etc. L'épicier? Ceux-ci nous rappellent constamment que leurs marges de profit sont très maigres et qu'ils font leur argent sur le volume, et bla-bla-bla. C'est certain qu'il y a un maillon de la chaîne qui se fait des couilles en or quelque part! Peu importe où, j'ai décidé de court-circuiter tous ces «middlemen» et d'offrir mon agneau directement à mes clients, les carcasses débitées à leur goût, sous vide et congelé, à 16$ le kilo. 16$ qui vont dans mes poches, pour que ma ferme reste une ferme. Pour le client c'est une aubaine! Oui, il aura des tranches de cou et quelques bas morceaux (qui soit-dit en passant sont délicieux quand on sait les faire cuire) mais il aura aussi les gigots, le carré et le côtelettes pour la moitié du prix de l'épicerie. C'est donc la solution que j'ai trouvé. Je ne suis pas dépendante des prix du marché, d'une Agence ou de l'appétit des distributeurs, je suis fournisseur attitrée de personnes VIP: mes clients. Je les connais par leur nom, nous échangeons des recettes et quand j'entend bêler alors que j'ai les mains dans mon rang de panais, tout à côté de ma bergerie, je me dis que le juste prix que j'obtiens enfin pour me travail redonne à mon métier tout son sens.

Je me sens coupable d'avoir acheté ce carré de porc. J'ai contribué à étrangler un confrère. Dorénavant, mon but est d'acheter le moins de choses possible à l'épicerie. J'ai reçu mon 1/2 cochon et si je n'en élève pas moi-même, j'en rachèterai directement d'un producteur. En ce moment, j'ai des poulets et du porc dans mon congélateur. Bientôt j'aurai du veau, de l'agneau et du lapin, qu'on a élevés nous-mêmes. Dans des chaudières de plastique, j'ai des carottes et des panais enfouis dans le sable. Mes patates sont dans des poches. Mon seul problème est que je n'ai pas de caveau à légumes pour les conserver adéquatement. Comment une civilisation qui dépend de la nourriture pour vivre a-t-elle perdu toutes les connaissances requises pour la produire? Très peu d'occidentaux savent comment produire leur propre nourriture. Et si ils savent la produire, encore moins sont capables de la conserver adéquatement. C'est à cette étape-ci où je me trouve: comment saler, fumer, encaver, sécher, fermenter, etc. La route est longue... et les embûches nombreuses, mais les règlements sont encore plus contraignants que tout le reste. À qui le crime profite-t-il?

Je n'ai pas de couilles.

Titre choquant s'il en est un, puisque je suis une femme, il fait référence à l'émasculation (figure de style) des agriculteurs depuis seulement une génération. Aujourd'hui, être agriculteur c'est acheter des semences, les faire pousser et vendre les récoltes et recommencer l'année suivante. Les prix des intrants  étant hors du contrôle de l'agriculteur. Pareil pour les animaux. J'achète des poules pondeuses tous les 2 ans, les nourrit de moulée achetée et vend mes oeufs à la ferme. C'est pas des oeufs très «fermiers». L'agriculture est devenue tellement compartimentée qu'il y a maintenant des couvoirs qui ne font que faire naître les oisons et les vendre. Ensuite des éleveurs qui achètent de la moulée toute faite, «équilibrée», les nourrissent quelques semaines et les font abattre. Les abbatoirs sont loins, j'en ai déjà parlé dans un blog précédent. En tant qu'agriculteur, je n'ai pas le droit d'abattre moi-même mes animaux. Relisez cette phrase et dites-moi ce qui ne va pas? Un agriculteur n'a pas le droit d'abattre lui-même un animal, surtout pas pour le revendre! Mais c'est son gagne-pain! Si on veut que les campagnes sortent de leur torpeur, il va falloir 2 choses: internet haute-vitesse jusque dans le fond du rang St-Clin-Clin et un abattoir dans chaque MRC. Sinon, comme en Europe, un vétérinaire à la retraite ou un inspecteur prend rendez-vous avec l'agriculteur pour le jour de l'abattage et supervise la façon de faire, sur place, pour s'assurer que la bête est bien saignée, avec un couteau propre, que tout l'éviscérage est fait dans un temps x et que la bête est pendue dans un réfrigérateur en dedans de x temps. Là, enfin, on verra de petits élevages de 25 Chanteclerc, 30 lapins ou 3 vaches à boeuf partout dans les campagnes. En ce moment moi, si j'ai de trop petits groupes d'agnelages et que je n'ai que 6 agneaux de prêts pour l'abattage, je dois perdre une journée pour aller les porter à Terrebonne et perdre une journée pour aller les chercher avec un camion ou une remorque réfrigérée (que je n'ai pas). Si je pouvais abattre chez nous j'irais porter mes carcasses immédiatement chez le boucher plus loin sur le rang et j'irais chercher mes boîtes pour mes clients quand ce serait prêt et ne perdrais qu'une heure en tout et pour tout, incluant la conversation d'usage avec le boucher (incontournable quand on sort pas souvent de chez soi).
Faire boucherie était, jusqu'à une époque récente, un événement familial où tout le monde participait. Aujourd'hui c'est illégal. Tous les producteurs laitiers et leur famille boivent le lait du réservoir, ce qui techniquement ne devrait pas arriver parce que le lait aussitôt tiré appartient à la Fédération. Verra-t-on un jour les valves des réservoirs ouvrables seulement par le collecteur de lait? Est-ce qu'un producteur laitier sera soumis à boire du lait altéré plutôt que le lait direct de sa tinque?
En principe je peux tout faire, mais pas le vendre et c'est là le hic!. Pour vivre d'agriculture il faut vendre. Je peux élever 6 lapins, 12 cailles, 3 vaches, 50 moutons, 6 cochons et traire une chèvre, mais j'ai pas le droit d'abattre un animal pour en vendre la viande ou vendre du lait que j'ai tiré, ni même transformer quoi que ce soit. Comment voulez-vous que je vive? Je dois m'adapter à tous les 6 mois à des changements de règlements et des revirements de situations et je me faire dire que je devrai m'adapter. Aucune autre industrie ne doit s'adapter aussi fréquement et aussi souvent que la nôtre. Sur ce, comme je dois réviser deux autres entrées au blogue (il pleut - mais je n'ai quand même pas le temps de passer l'Antidote) je vous quitte. Un peu de lecture:
http://redtac.org/possibles/2010/09/11/pouvoir-municipal-et-gestion-du-territoire-agricole/

Friday, 8 July 2011

Lettre à mon beau-frère…


Mon cher beau-frère, ne m'en veux pas, tu n'es cité en exemple que parce que le mouvement que j'aimerais déclencher s'adresse à des gens comme toi et ma soeur. Vous m'avez dit tous les deux cette semaine que vous passiez tous les jours devant le kiosque de fraises de la ferme Brisebois, mais que vous n'arrêtiez jamais, préférant acheter les fraises de ce même producteur au supermarché avec d'autres produits.

J'aimerais que plein de gens comme toi comprennent qu'en arrêtant au kiosque, ils font une énorme, très énorme différence pour ce fermier et tous les autres qui vendent leur production au bord de la route. J'ai téléphoné le producteur de fraises en question, Daniel Brisebois, et lui ai demandé combien il vendait un petit panier de fraises au supermarché ici dans notre ville. 2$. Je ne suis même pas certaine que ce 2$ couvre ses coûts de production (je n'ai pas eu l'indécence de le lui demander) et c'est au volume que ce fermier pourrait faire un petit peu de profit. Le supermarché revendra ces fraises 4$ le panier, car il doit écouler rapidement le stock de fraises qu'il a acheté, les fraises étant fragiles et ne se gardant pas longtemps. Si tu arrêtes au kiosque en retournant à la maison mon cher beau-frère, tu paieras ce panier 5$ et dis-toi bien que ce 5$ ira dans la ferme, l'équipement, les variétés de fraises, l'irrigation et le drainage, la prospérité, la rentabilité et le sourire du fermier. C'est un petit geste qui s'est perdu depuis l'avènement des supermarchés et des mégas magasins-entrepôts. Je comprend que cela fait un arrêt de plus en rentrant à la maison, et qu'on a pas toujours le goût de faire un arrêt supplémentaire, mais comme tu peux voir, la différence d'argent qui va dans les poches du fermier est du simple au double (même un peu plus) alors que pour toi, la différence est de 1$ et que les fraises de ton panier auront été récoltées l'après-midi même alors que celles du supermarché auront été récoltées il y a 2 ou 3 jours déjà (avec quelques fraises déjà molles au fond du panier).

Mes amis, j'en suis encore à ruminer sur le symbole qui indiquera à tous que vous êtes bienvenue à la ferme, et que votre visite à mon kiosque ainsi qu'à tous les kiosques à la ferme fait une énorme différence dans la santé financière des fermes au pays. C'est à suivre.

Sur ce, mon cher beau-frère et ma chère soeur, bonnes vacances au Nouveau-Brunswick, et si vous voyez un kiosque sur le bord de la route, faites-moi plaisir: arrêtez!

Tuesday, 28 June 2011

Si vert c'est pas pour l'écologie ou l'agriculture...

Voulez-vous bien me dire c'est quoi le rapport entre la couleur vert lime et le don d'organes? Non? Moi non plus je vois pas le rapport.
N'empêche que le ruban vert lime est déjà utilisé pour sensibiliser la population à l'importance du don d'organes.
J'ai fais une petite recherche sur Google Images pour pas me tromper une 2e fois:
Le rouge est pour le sida.
Le rose pour le cancer du sein.
Le vert le don d'organes.
Le brun la protection des espèces.
Le noir l'anticonformisme.
Le jaune le soutien à nos soldats.
Le vert doublé de blanc la persévérance scolaire.
Le blanc, le 6 décembre et contre la violence envers les femmes.
L'orange la fierté envers la Ville de Québec.
Le violet = stop à Sarkozy.
Le bleu royal c'est contre la censure sur internet.
Le vert pointillé de blanc c'est contre les agressions sexuelles.
Y'en a-tu d'autres, misère…!?!

Qu'est-ce que je pourrais bien utiliser de distinctif pour porter à la boutonnière ET mettre devant ma maison sur le bord du chemin pour que ça devienne CLAIR que je vend des produits à la ferme?
Un bout de corde de bale en sisal?
Un ruban, mais tressé 3 tons de vert?
Un pissenlit?
Un bout de chaine?
Un brin de mil?

Idéalement, faudrait que ce soit quelque chose qu'un agriculteur a sous la main et qui est facilement fabriqué et épinglé. Si en plus c'est facile d'en donner aux clients qui viennent à la ferme, c'est winner!
Des suggestions?

Saturday, 25 June 2011

Ruban vert!




Il y a quelque temps, à la fin de l'hiver, frustrée de toute la misère constatée chez les agriculteurs, j'ai voulu sensibiliser les gens à notre cause et j'ai commencé à porter un ruban vert pâle sur ma poitrine. Je ne savais pas trop où je voulais aller avec ça et j'ai "oublié" de le porter plusieurs fois et j'ai cessé de le porter pour de bon. À ce moment, je voulais que ce soit un mouvement spontané initié par les agriculteurs eux-mêmes. Cette fin de semaine de la fête nationale, alors que mon beau-frère m'a demandé un agneau un peu tardivement pour son méchoui, j'ai réfléchi à toutes ces opportunités perdues pour les agriculteurs.
C'est en discutant avec des invités au méchoui, chefs, femmes de chefs, consommateurs déjà sensibilisés aux produits locaux, que j'ai changé mon fusil d'épaule. Cet été, je vais vendre des produits à la ferme. Beaucoup de gens voudraient bien se rendre à la ferme pour acheter des produits frais, mais comme le contact entre les agriculteurs et les consommateurs s'est rompu, les gens n'osent pas ou ne savent pas. Comme je réfléchissais aux moyens que j'allais prendre pour faire connaître ma ferme à mes clients, l'idée m'est revenue d'utiliser à nouveau mon petit bout de ruban vert pâle. Cette fois-ci, je crois que je tiens «l'étincelle» de mon mouvement! Ça ne coûte rien pour l'agriculteur et rien pour le client et c'est très simple: si vous êtes agriculteur et vendez des produits directement à votre ferme, je vous invite à porter un bout de ruban vert pâle croisé sur votre poitrine. N'importe quel bout de tissu vert pâle fera l'affaire. Une petite pancarte au chemin avec le même dessin (un ruban croisé vert pâle) indiquera aux clients qu'ils sont bienvenus. Pour les clients, si vous avez déjà acheté un produit directement à la ferme, portez fièrement un ruban croisé vert pâle à la boutonnière: vous contribuez à la rentabilité d'une ferme de façon sérieuse! Pas d'intermédiaires! Je vous invite à arrêter chez les fermiers qui affichent le ruban ou que vous connaissez déjà, pour acheter vos légumes, votre viande, vos oeufs directement à la ferme. Voilà! C'est tout simple. Bien sûr, le mouvement devra se développer et se faire connaître et je compte sur vous pour aider à diffuser la signification du ruban vert pâle. Mes amis, BIENVENUE À LA FERME!

Thursday, 26 May 2011

Cri du coeur


Dans La Terre de Chez Nous de cette semaine, un cri du coeur des producteurs de porc (repris en choeur par les producteurs de bovins de boucherie et les producteurs d'agneaux) interpelle le lecteur dès la Une.
On dit aux agriculteurs qu'il faut s'adapter et innover. Je veux bien, mais pas 5 fois par année! Les autres industries ne s'adaptent jamais aussi souvent, d'autant plus qu'elles voient le résultat des adaptations beaucoup plus rapidement! Exemple, si je dois améliorer mes agneaux, faut que je m'y prépare, ensuite il y a la gestation de 5 mois puis l'élevage de ces agneaux pendant environ 4 mois donc, environ 10 mois de temps de réaction. C'est quasiment 1 an! Vous savez dans L'Actualité il y a de ça quelques mois on y présentait un article sur les capitaines du fleuve, ces pilotes qui "take over" les cargos pour les conduire dans le fleuve Saint-Laurent jusqu'à bon port. Ces cargos font en longueur la même hauteur que la Place Ville-Marie à Montréal. S'ils arrêtent les machines, le cargo ne stoppera pas avant un kilomètre! Ben en agriculture, ça ressemble à ça: une grosse machine qui a pas le choix de faire avec la nature.
En plus de multiplier les règlements et mesures d'écoconditionnalité, le gouvernement traite les agriculteurs comme des pollueurs et des enfants d'école. La raison pour laquelle les producteurs essaient de maximiser leurs superficies et leurs rendements c'est qu'ils ont des cennes pour leurs produits et que les coûts des règlements et de l'écoconditionnalité leur sont refilés (d'autant plus frustrant qu'ils leur sont imposés). On est même plus chez nous, chez nous. Imaginez-vous donc que pour déplacer, enlever ou installer une calverette, j'ai besoin d'un permis du Ministère de l'Environnement (MDDEP)!!! Bien entendu, ce même Ministère veut mettre son nez dans mes affaires et zyeutera sans doute mon tas de fumier et la distance de ma clôture du cric qui passe à côté de mon paddock à chevaux. Bref, vous avez compris, on les veut pas chez nous ce monde-là. Le «tournage de coins ronds» devient alors un sport et un métier. Certains agriculteurs font faire faire leurs travaux en douce le dimanche ou encore s'ils ont l'avantage d'être camouflés par un boisé ou de vivre creux, ils font encore ce qu'ils veulent (les chanceux!).
Les producteurs d'agneaux dans les derniers trois ans ont dû s'adapter pas à peu près. Tout d'abord, l'ASRA (Assurance Stabilistion des Revenus Agricoles qui compense la différence entre le coût de production (pas le nôtre, une moyenne des 75% qui s'en tirent le mieux) et le prix de vente) était avant calculé sur le nombre de brebis reproductrices (t'as 115 têtes, t'es compensé X). Maintenant, c'est au kilo d'agneau vendu. Je dois donc «pousser» mes brebis et modifier ma génétique pour obtenir le plus d'agneaux par portée et faire faire 3 agnelages aux 2 ans à mes brebis plutôt qu'une par année. On parle de plus de foin, de meilleure qualité (pas de notre ressort) et de plus de grain et moulée (le prix monte sans cesse). En plus, c'est pas facile à faire parce que les brebis ont naturellement un cycle comme celui des chevreuils. Elles viennent en rut à l'automne et mettent bas au printemps. Pour faire 3 agnelages aux 2 ans, il faut au moins une mise au bélier à contre-saison. Certaines races le font bien et d'autres pas. Si nos races ne sont pas «désaisonnnées», faut modifier la génétique et, en plus, faut utiliser des hormones pour obtenir un meilleur taux de fécondité à contre-saison. Est-ce que c'est ce que l'agriculteur veut? Pas nécessairement, mais sa rentabilité en dépend. Pis c'est drôle hein? Les subventions sont des attrape-nigauds (même si on est pas dupe) car souvent, ce sont des subventions de paperasse (75% du coût de rédaction d'un plan d'action et d'adaptation bla, bla, bla - voyez le genre?) alors qu'un technicien qui sait ce qu'il fait pourrait venir nous montrer à poser les éponges comme du monde (les hormones de tantôt sont sous forme d'éponges qu'on doit insérer dans le vagin des brebis, une par une, avec un instrument spécial - je sens que ça vous tente moins là…). Mais ça, c'est pas dans les subventions. Tiens une autre affaire: on est cruel parce qu'on pose des élastiques sur la queue à la naissance pour que la queue couvre la vulve et que le bout qui reste se nécrose et tombe. Moi ce que je trouve qui est dégueulasse, c'est de mettre une éponge à une brebis qui a une grosse queue laineuse pleine de marde qui descend jusqu'à ses jarrets, et qu'elle fait gigoter dans ma face! L'élastique ne lui fait pas mal et tombe avec le bout de sa queue après quelques semaines. Point final à la ligne.
J'ai pas fini. Depuis 2008 il y a maintenant l'Agence de Vente d'Agneaux Lourds. Maintenant, tous les agneaux qui dépassent un certain poids doivent impérativement être mis en marché à travers cette agence. Pensez-vous qu'il y a des coûts, des conditions et des formulaires à remplir en plus de devoir s'inscrire, obtenir un numéro de producteur, etc.? Eh oui! Comme toujours! Et ça, ça s'ajoute aux autres formulaires et autres tracasseries administratives. Par exemple, cette semaine j'envoie pour la première fois des agneaux qui font le poids à la vente à travers l'Agence. Si je veux vendre les agneaux au client de mon choix, je dois envoyer le formulaire P6. Les vendre à l'Agence, qui s'occupe d'arrimer l'offre avec la demande des acheteurs, le formulaire P4 - en deux exemplaires, un pour l'Agence, un pour le transporteur. L'offre de vente comme telle, le formulaire P3 (combien d'agneaux, à quel abattoir - comme si on avait l'embarras du choix - le sexe et le poids moyen). Ensuite il faut que je m'assure que mes agneaux sont bien activés chez ATQ - Agri-Traçabilité Québec. C'est à cause d'eux que je dois «crouncher» des boucles dans chaque oreille de chaque agneau au coût de 2.19$ si je commande en paquets de 50, sinon c'est plus cher. Ça arrive souvent que les animaux s'arrachent les boucles (on appelle ça aussi des «tags») et il faut alors faire un remplacement de boucle. Il s'agit non seulement de crouncher un nouveau tag sur les oreilles, mais si l'animal s'est déchiré l'oreille, il est difficile de le poser. Comme c'est en paire il faut remplacer les deux tags, pour que le code à neuf chiffres corresponde. Vous ai-je dit qu'il faut attraper la bête et la maintenir parce qu'elle n’aime pas tellement se faire crouncher un tag dans l'oreille? Ça gigote fort un agneau de 80 lb ! Bon, c'est fait? Il faut appeler chez ATQ pour déclarer le remplacement, donner l'ancien et le nouveau numéro, le sexe et la date de naissance de l'animal. Bon, ça, c'est quand il en manque. Un animal auquel il manque un tag expose le transporteur et le producteurs à des amandes. Là quand on a notre gang de prête, il faut remplir le formulaire de déplacement des ovins d'ATQ. Re-remplir un formulaire comme le P4, avec le code à neuf chiffres de chaque agneau qui part dimanche prochain. Une copie pour le transporteur, une pour l'abattoir. Il faut tout faire ça bien comme il faut, car c'est avec ces informations qu'on se fait payer - elles sont transmises à la Financière Agricole qui administre l'ASRA. Une vraie souricière.
Ah oui! À l'abattage, les agneaux lourds sont classifiés. Un agneau peut surclasser ou déclasser. La conformation (viandeux ou pas viandeux, sur une échelle de 1 à 5, pour le gigot, la longe et l'épaule) et le gras (en millimètres, sur la 12e côte, à 11cm de la ligne médiane du dos - êtes-vous écoeurés déjà?) sont mesurés et la jonction de ces deux indices sur un tableau classe l'agneau. Jusqu'à l'année dernière, un agneau qui «déclassait» faisait déclasser le lot complet du producteur cette semaine-là. Maintenant, seulement l'individu déclasse. Vous vous imaginez bien qu'il fallait envoyer un groupe uniforme en titi pour avoir un beau chèque! Il y a des pénalités pour livrer des agneaux plus lourds qu'annoncé dans notre formulaire P3, si le gras est trop élevé, etc. Tout ça pour standardiser l'Agneau du Québec. Moi le dimanche matin j'ai ma chienne de travail pis mes bottes et quand je vois l'Agneau du Québec à 30$ le kilo à l'épicerie et que j'en reçois 8.30$ carcasse (poids de l'animal mort, vidé et décapité - environ 55% de perte par rapport au poids vivant) j'me demande pourquoi je deviens pas intermédiaire moi-même. Ça a l'air d'être eux qui font l'argent. Peut-être parce que je suis tellement occupée à survivre et à calculer que j'ai pas le temps pour une autre business? La prochaine fois que vous savourez l'Agneau du Québec, dégustez-le, car énormément d'énergie est allée dans sa création!